Les menaces contre les personnes : Que risque-t-on ?

1. Notion générale

La menace constitue une infraction intentionnelle : il suffit que son auteur ait eu la volonté de susciter la crainte ou l’inquiétude chez la victime.

Il n’est pas nécessaire qu’il dispose des moyens de concrétiser ses propos ni qu’il envisage réellement de passer à l’acte.

En droit pénal, la menace est une infraction autonome, sanctionnée en raison du trouble qu’elle porte à l’ordre public et à la sérénité des personnes.

Elle peut viser directement une personne (articles 222-17 et 222-18 du Code pénal) ou, dans certains cas, des biens dès lors qu’ils présentent un risque pour les individus (articles 322-12 et 322-13 du Code pénal).

2. Les deux grandes infractions

Sans condition – article 222-17 du Code pénal

Il s’agit de menacer une personne de commettre un crime ou un délit, sans exiger de contrepartie.

Avec condition – article 222-18 du Code pénal

La menace est accompagnée d’une exigence : paiement d’une somme, retrait d’une plainte, réalisation d’un acte, etc.

3. Éléments constitutifs communs

Intention

L’auteur doit avoir agi volontairement dans le but de troubler la tranquillité de la victime. À défaut d’intention de nuire ou d’effrayer, l’infraction ne peut être retenue.

Contenu de la menace

La menace doit porter sur la commission d’un crime, d’un délit ou de violences.

Elle peut être implicite : le contexte permet d’en comprendre la portée, même sans formulation explicite.

Extériorisation

  • Menace verbale seule
    Elle doit être répétée (au moins deux fois à l’égard de la même victime) pour être sanctionnée.
  • Menace matérialisée
    Courrier, e-mail, message en ligne, image ou objet : dans ce cas, une seule manifestation suffit. Un simple geste isolé ne caractérise pas l’infraction.
  • Menace en ligne
    Les publications numériques et messages électroniques sont assimilés à des écrits.

Le fait de partager un lien renvoyant vers des propos menaçants tenus par un tiers ne suffit pas, en lui-même, à constituer une infraction.

4. Menaces sans condition (article 222-17)

La jurisprudence reconnaît notamment :

  • l’envoi de menaces de mort par courrier électronique à un journaliste,
  • des messages menaçants adressés à un élu via internet,
  • des menaces accompagnées de pressions liées à des contenus privés.

Lorsque les faits sont commis depuis l’étranger, ils sont juridiquement considérés comme réalisés sur le lieu d’émission de la menace.

5. Menaces avec condition (article 222-18)

Tous les moyens de communication peuvent être utilisés pour caractériser cette infraction. L’ordre imposé à la victime peut provenir d’un tiers, à condition qu’un lien clair existe avec la menace initiale.

6. Régimes aggravés

Protection des agents publics (article 433-3)

Sont concernés : élus, magistrats, avocats, forces de l’ordre, enseignants, professionnels de santé, agents de transport, ainsi que leurs proches lorsque les faits sont liés à leurs fonctions.

  • Régime actuel : la menace est punissable même sans répétition ni support matériel

Peine de base

  • 3 ans d’emprisonnement
  • 45 000 € d’amende

Peine aggravée (menace de mort ou pression pour obtenir un acte)

  • 10 ans d’emprisonnement
  • 150 000 € d’amende

Violences conjugales (article 222-18-3 – loi du 9 juillet 2010)

Ce régime concerne les menaces sous condition commises par un conjoint, concubin ou partenaire de PACS.

  • Menace avec condition :
    • 5 ans d’emprisonnement
    • 75 000 € d’amende
  • Menace de mort :
    • 7 ans d’emprisonnement
    • 100 000 € d’amende

7. Articulation avec d’autres infractions

Les menaces peuvent être associées à d’autres qualifications pénales telles que le harcèlement, les violences psychologiques ou l’entrave à la justice.

Une requalification peut intervenir au cours de la procédure, dans le respect des droits de la défense et du principe ne bis in idem.

CONCLUSION

  • Une menace est répréhensible même sans passage à l’acte, dès lors qu’elle crée un trouble pour la victime.
  • Le mode d’expression (oral ou écrit) influence les conditions de poursuite.
  • Des dispositifs renforcés protègent certaines victimes, notamment les agents publics et les conjoints.
  • Les sanctions varient selon la gravité des faits, leur contexte et la qualité de la victime.

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Me David BACHALARD, avocat au barreau de Paris, vous assiste à chaque étape de la procédure pénale.

Maître David Bachalard

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